Répondre « présent »

Aller vers l’autre peut faire une différence pour l’éternité

par Rose McCormick Brandon

Répondre « présent » par Rose McCormick BrandonAlors que je me réveillais, la pensée était déjà présente. Même après que les lunchs pour l’école aient été préparés, que le déjeuner avait été servi et que j’avais embrassé mes trois enfants qui étaient en route pour l’école, elle pesait sur mon esprit comme une pierre. J’ai bu mon café, lu un livre et essayé de l’ignorer, mais elle ne devenait que plus pesante.

« Appelle Janice », me dit cette voix. J’ai plutôt nettoyé la table et rempli le lave-vaisselle. Mais cette pensée persistait.

Quelques semaines plus tôt, Janice avait rejoint une classe de femmes que je fréquentais. Ses yeux remplis de crainte nous évitaient et disaient au monde entier qu’elle se sentait méprisable et qu’elle était méfiante. Je me suis présentée à elle, tout en priant silencieusement Jésus de me montrer comment la rejoindre. Ses réponses mécaniques m’ont donné l’impression qu’elle voulait que je m’en aille. Elle n’était pas du genre à accueillir les gens à bras ouverts et il me semblait qu’elle s’enfuirait si j’insistais trop.    

Je ne connaissais pas alors son histoire – elle avait été abusée sexuellement par un membre de sa famille, élevée par un parent malade mental dont le mari la rendait misérable de bien des façons.

Chaque semaine,  je me faisais un devoir de lui parler. Il était parfois difficile de trouver un sujet de conversation, mais j’avais une bonne raison de persister. J’avais entendu un message sur le fait de servir de mentor pour Christ auprès des autres qui m’avait très impressionné. La première fois que j’ai vu Janice, j’ai senti que le Seigneur me poussait avec douceur à devenir son amie et à lui servir de mentor. Mais elle ne semblait pas prête à s’ouvrir à moi.

N’étant pas pressée d’avoir une autre conversation à sens unique, j’ai résisté à la pensée de l’appeler ce matin-là. Mais dans tout ce que je faisais – lessive, lits, maquillage – Janice restait dans mes pensées. Si c’est un coup de coude divin, il vaut mieux que je l’appelle. J’ai donc cherché son numéro et l’ai appelée.          

« Je pensais à toi aujourd’hui… » Elle ne semblait pas surprise de m’entendre. Le reste de la conversation ne dura pas plus de cinq minutes, mais j’ai remarqué que sa voix semblait plus chaleureuse que lors de la dernière rencontre de femmes. Après l’avoir appelée, mon fardeau pour Janice disparut.

« La première fois que j’ai vu Janice, j’ai senti que le Seigneur me poussait avec douceur à devenir son amie et à lui servir de mentor. Mais elle ne semblait pas prête à s’ouvrir à moi. »

Quelques jours plus tard, Janice passa chez moi avec des cookies au chocolat tout frais. Alors qu’elle se tenait là sur le pas de ma porte, un plateau à la main, nos yeux se sont rencontrés et elle sourit nerveusement du coin de la bouche. Pendant notre visite, j’ai appris qu’elle aimait lire. Elle est donc repartie avec une pile de livres chrétiens.

Elle a lu tous les livres et est revenue deux ou trois semaines plus tard. Elle est repartie avec d’autres livres. Cela dura pendant bien des mois. Pour maintenir la cadence, j’ai dû visiter notre librairie chrétienne locale assez souvent. Notre amitié a bourgeonné. Elle a continué de m’amener des biscuits et moi de lui donner des livres.

Un jour, elle m’a dit : « Il y avait une prière dans un des livres que tu m’as donnés. Je me suis dit que ça ne pourrait pas me faire de tort de la dire. – Quelle sorte de prière? ai-je demandé. – une prière qui parle de donner sa vie à Jésus. » C’est tout ce qu’elle a voulu en dire. J’avais appris à rester discrète. Si elle voulait un jour m’en dire plus, elle le ferait. Quelques jours plus tard, je lui ai acheté une Bible en livre de poche. « Elle est pour toi. Tu ne dois pas me la rendre. »

Elle était encore un peu distante, alors je ne savais pas comment elle allait réagir. Elle la glissa dans son sac en papier qu’elle portait toujours. Je me suis demandé si elle la lirait.

Pendant l’année qui suivit, elle souleva le couvercle de son passé et partagea des souvenirs de son horrible enfance. Elle faisait désormais le meilleur pain que ma famille ait jamais goûté. Et un jour, elle sortit la Bible de son sac pour me montrer qu’elle l’avait lue. Elle enleva l’énorme élastique qui maintenait ensemble la couverture abîmée et les feuilles séparées.

« Elle n’était pas du genre à accueillir les gens à bras ouverts et il me semblait qu’elle s’enfuirait si j’insistais trop. »

Je l’ai ouverte et j’ai vu qu’elle avait souligné de nombreux passages. Des sections entières étaient surlignées en jaune et d’autres soulignées en rouge. Des centaines de petites notes remplissaient les marges. Certaines pages avaient peu d’espace laissé en blanc.

« Je suis si fière de toi! » C’est tout ce que j’ai trouvé à dire. Elle acceptait parfois que je l’embrasse, ce que je ne manquais pas de faire ce jour-là.

Avant de quitter notre maison, elle se retourna et dit : « Les biscuits et le pain sont la seule façon dont je sache te dire merci. – Merci pour quoi? – Te souviens-tu de la première fois que tu m’as appelée? » Bien sûr que je m’en souvenais. « Ce jour-là, j’avais décidé de mettre fin à mes jours. Mais je me suis dit que j’allais donner à Dieu encore une chance. Je lui ai dit que si tu m’appelais, je saurais que je ne devais pas le faire. »

Elle était déjà partie avant que je me remette de mes émotions.

J’ai appris beaucoup de mon amitié avec Janice, mais la leçon la plus importante est d’être attentif quand nous pensons à quelqu’un et que cette pensée refuse de nous quitter. Il se pourrait bien que ce soit un coup de coude divin.

© Rose M. Brandon 2008

ShareEveryDay_French_ColourRose McCormick Brandon est l’auteure de quatre livres dont Promises of Home – Stories of Canada’s British Home Children et One Good Word Makes all the Difference. Auteure primée pour ses écrits personnels, ses articles, méditations et histoires sont publiés au Canada, aux USA et en Australie. Rose prend la parole dans des écoles, des bibliothèques et des sociétés généalogiques sur le sujet des petits immigrants au Canada, donne des études bibliques et parle lors d’événements pour les femmes chrétiennes. Visitez son blogue, Listening to my Hair Grow, et contactez-la à rosebrandon1@yahoo.ca. Cet article est paru dans le numéro d’avril 2008 de testimony, une publication mensuelle des Assemblées de la Pentecôte du Canada. Photo © istockphoto.com.

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